Quand deux mastodontes du cinéma américain, Clint Eastwood à la réalisation et Leonardo di Caprio devant la caméra, se rejoignent pour donner vie à l'écran à J. Edgar Hoover, on peut en attendre le meilleur, ou craindre le pire.
Entré au FBI à l'âge de 24 ans jusqu'à sa mort en mai 1972, cet homme, honni par certains, respecté par d'autres et craint par beaucoup, fascinant, puissant, controversé, a traversé, dans l'ombre, l'histoire des Etats-Unis au XX siècle. Sa trajectoire épouse aussi bien la montée en puissance irrésistible de ce pays que le développement de sa part d'ombre. Ce qu'en filme Eastwood, résonne avec certaines actualités de notre XXIème siècle débutant.
Entré au FBI à l'âge de 24 ans jusqu'à sa mort en mai 1972, cet homme, honni par certains, respecté par d'autres et craint par beaucoup, fascinant, puissant, controversé, a traversé, dans l'ombre, l'histoire des Etats-Unis au XX siècle. Sa trajectoire épouse aussi bien la montée en puissance irrésistible de ce pays que le développement de sa part d'ombre. Ce qu'en filme Eastwood, résonne avec certaines actualités de notre XXIème siècle débutant.
Coller à l'histoire pour en restituer les grandes lignes n'est pourtant pas exactement le propos du film, qui considère davantage le contexte historique comme un bain qui entoure les personnages principaux. On a beau en vider l'eau régulièrement et la renouveler, le trio du film (Hoover-le chef, Tolson-son second, Gandy-sa secrétaire), lui, reste uni, indéfectiblement. Plus que la façon dont J. Edgar Hoover a apporté sa contribution à l'Histoire, il s'agit plutôt pour Eastwood de déterminer ce que la personnalité d'Hoover nous dit du pays qu'il sert et comment celle-ci conditionne et éclaire son action politique.
Pas d’hagiographie donc, encore moins de brûlot politique ici, ce qui permet à Eastwood bien aidé en cela par son scénariste et ses acteurs extraordinaires (Naomi Watts, Armie Hammer, Judi Dench) de tirer un portrait épais, dense, complexe, assez douloureux mais pudique du directeur du FBI et de ses deux acolytes, son proche collaborateur avec lequel il noue, dans le film une relation affective platonique et sa secrétaire qui renonce à toute autre vie que le service de ce monstre bureaucratique. Par ce prisme, se dessine progressivement les peurs, les démons, mais aussi les permanences, les points d'ancrage de l'histoire et de la politique des Etats-Unis durant la période considérée.
J. Edgar Hoover ou l'incapacité d'assumer sa destinée manifeste.
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| Mme Hover (Judi Dench) et son fils (Di Caprio) |
Le Hoover du film est une jeune garçon chéri et écrasé par sa mère qui le prédestine à une grande carrière politique. Mais J. Edgar se révèle rapidement (dès sa demande en mariage pathétique à une femme dans la chronologie interne du film) un être maladroit, pénalisé par une diction qui lui vaut d'être surnommé "speedy", et incapable d'assumer le rôle que sa mère rêve de le voir tenir. On comprend que les frustrations issues de ce hiatus vont générer chez lui des activités compensatoires pas toutes glorieuses.
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| Hoover et Tolson (Armie Hammer) |
Ces difficultés affectent aussi sa vie professionnelle : homme de l'ombre, aimant l'isolement et appréciant le huis-clos nécessaire à l'écoute attentive d'une bande enregistrée, J. Edgar est un piètre agent de terrain, inapte dans l'action. Sa vie sentimentale totalement asphyxiée par sa vie professionnelle aurait pu être totalement inexistante si ce n'est cette relation inassouvie avec son second qui semble en souffrir davantage que son partenaire tout en le vampirisant de façon assez évidente.
Ce portrait d'un être qui accumule les frustrations, les amours refoulées et un certain sentiment d'infériorité trouve son contre modèle dans le film en la personne de ... J. Edgar Hoover.
J Edgar Hoover ou la possibilité de prendre sa revanche dans l'ombre.
Hoover passa 48 ans au service de l'état, et un peu au sien propre, il faut en convenir. La grande capacité d'organisation de ce bourreau de travail lui assure une carrière brillante au sein de l'institution fédérale dont il ne cesse de promouvoir l'influence.
Classer, centraliser, ficher, numéroter, répertorier, ce sont d'abord ces activités qu'Hoover cherche à développer. Viennent ensuite celles liées à l'usage de l'expertise scientifique en matière d'enquête criminelle. Le film montre très bien, en la matière, l'ambivalence de la situation : d'une part, le génie visionnaire Hoover qui attire à lui les meilleurs spécialistes pour identifier des criminels à l'aide de preuves qui se veulent scientifiques, et d'autre part ce même j. Edgar donne père d'un hydre monstrueux et surpuissant, le FBI.
Cette quête perfectionniste n'est pas uniquement motivée par la philanthropie et l'amour du travail bien fait. S'il s'agit bien de donner à ses services les moyens de leur politique contre le crime c'est aussi un moyen efficace, pour Hoover, de tenir à portée de main de quoi faire ployer les puissants si nécessaire, de les tenir en respect, au moins. Il tient là une de belle revanche : alors que les présidents se succèdent, lui reste en place et les regarde passer en parade officielle post-électorale de la fenêtre de son bureau, d'un oeil un peu distant.
Si le film ne s'engouffre pas dans la brèche de la fresque historique, il propose, habilement, une lecture du rapport d'Edgar Hoover à l'Histoire. C'est la deuxième revanche de cet être frustré qui cherche la gloire sans avoir tous les moyens de la tutoyer. Sa destinée manifeste, s'il ne la vit pas pleinement dans le réel, J.Edgar Hoover, s'emploie à la construire dans les traces reconstruites de son action politique.
Ainsi, on le voit dans le film dicter "son" histoire du FBI à de jeunes porte-plumes qui transcrivent une version fantasmée et totalement hagiographique de son passage à la tête du bureau. En phase avec son temps,du moins dans ce domaine précis, Hoover utilise autant les paquets de corn-flakes, que les comics ou la radio pour servir sa propagande et celle de ses services.
J. Edgar Hoover ou une histoire des Etats-Unis.
Classer, centraliser, ficher, numéroter, répertorier, ce sont d'abord ces activités qu'Hoover cherche à développer. Viennent ensuite celles liées à l'usage de l'expertise scientifique en matière d'enquête criminelle. Le film montre très bien, en la matière, l'ambivalence de la situation : d'une part, le génie visionnaire Hoover qui attire à lui les meilleurs spécialistes pour identifier des criminels à l'aide de preuves qui se veulent scientifiques, et d'autre part ce même j. Edgar donne père d'un hydre monstrueux et surpuissant, le FBI.
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| J. Edgar Hoover et JF Kennedy à la Maison Blanche. |
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| J. Edgar en pleine construction de son propre mythe. |
Ainsi, on le voit dans le film dicter "son" histoire du FBI à de jeunes porte-plumes qui transcrivent une version fantasmée et totalement hagiographique de son passage à la tête du bureau. En phase avec son temps,du moins dans ce domaine précis, Hoover utilise autant les paquets de corn-flakes, que les comics ou la radio pour servir sa propagande et celle de ses services.
J. Edgar Hoover ou une histoire des Etats-Unis.
En dépit de ce portrait intimiste et peut être éloigné de la réalité, l'intérêt du film ne réside pas uniquement dans la (re)construction talentueuse d'un personnage par un maître du cinéma. Depuis plusieurs films déjà, on voit les sujets retenus par Eastwood surfer sur les interrogations existentielles qui traversent la société et la sphère politique états-unienne. J.Edgar s'inscrit pleinement dans cette lignée. La film balaye ainsi la plupart des "grandes peurs" qu'a connu l'histoire du pays depuis la naissance du XX siècle, qu'on situera après la première déflagration mondiale à travers celles qui habitent son personnage principal, ce qui contribue encore à complexifier son portrait.
En effet, Hoover n'inspire pas qu'admiration pour ses méthodes de travail, ou que commisération pour avoir vécu une vie de passions inassouvies.
Entré en fonction en pleine "Red Scare", il est animé d'un anti-communisme paranoïaque, développe une vision manichéenne du monde définie uniquement par l'opposition entre les gentils policiers et les méchants gangsters, se livre au racisme le plus haineux vis à vis des Noirs américains dont il semble incapable d'envisager l'accès à l'égalité.
A travers les peurs d'Hoover, on suit l'enlisement progressif des Etats-Unis dans une paranoïa vis à vis de ses ennemis extérieurs et intérieurs supposés ou légitimes au fil des périodes : communistes, crime organisé, activistes afro-américains, président corrompus. Le trio Hoover-Eastwood-di Caprio nous glisse subrepticement dans les dialogues quelques réparties qui les transforme en devins et permet au film de s'inscrire pleinement dans une temporalité plus actuelle. Ils nous laissent aussi interrogatifs sur l'efficacité de cette surenchère sécuritaire qui anime les Etats-Unis depuis tant de décennies.
De l'art de poser des questions essentielles par le truchement d'une biographie finement réinventée.
Un autre avis, toujours éclairé sur le film, chez mon voisin bloggeur de K-classroom.





J'ai trouvé qu'à force de lancer plusieurs pistes sans s'engager dans aucune en particulier, Eastwood rend un film mortellement plat. Son classicisme, brillant par ailleurs, est ici d'un ennui mortel. Le personnage principal lui-même n'est jamais vraiment creusé, c'est surprenant, les acteurs ont du mal à percer le maquillage et le silicone qui recouvre leur visage pour les vieillir. L'histoire n'est même pas un bain: si on n'a pas de culture minimale, il est strictement impossible de comprendre quoi que ce soit aux enjeux de l'action d'Hoover. Quant à l'interprétation politique, elle n'est pas si évidente. Si on veut trouver une métaphore des peurs de l'Amérique, il faut plutôt aller du côté de Jeff Nichols et de son Take Shelter, bien plus subtil sur un tout autre sujet. Guillaume Corday
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